Le statut actuel des biomarqueurs cliniques dans l'évolution de la néphropathie diabétique

20 à 30 % des 422 millions de personnes atteintes de diabète de type 1 et 2 dans le monde contracteront une néphropathie diabétique, en anglais « diabetic kidney disease » (DKD), principale cause d'insuffisance rénale en Occident1.

Selon les sociétés pharmaceutiques, l'évaluation des nouveaux traitements visant la prévention, le traitement ou la régression de cette grave complication repose sur les biomarqueurs pour une identification précise et rapide du patient et un contrôle convenable de l'efficacité et de l'innocuité.

Le docteur Jennifer Ennis, directrice médicale chez LabCorp, et D. Walt Chandler, PhD, directeur général chez LabCorp, ont accepté de nous parler du rôle des biomarqueurs actuels dans le dépistage et le contrôle de la néphropathie diabétique.

L'importance de la détection initiale

La détection précoce de la néphropathie est essentielle pour empêcher ou retarder la progression de la maladie. Les patients diabétiques sont en général testés pour discerner la présence d'albumine (ou micro-albumine), une petite protéine sanguine, dans les urines2.

« L'analyse du taux d'albumine dans l'urine fait partie de la norme de soin et elle est recommandée pour le suivi par l'American Diabetes Association » déclare Ennin. « L'albuminurie est un marqueur précoce d'insuffisance rénale. Les unités de filtration du sang, ou glomérules, sont endommagées et laissent passer l'albumine dans l'urine. C'est également un outil de prédiction important pour la progression des maladies rénales. »

L'estimation du débit de filtration glomérulaire (eDFG) est une autre mesure souvent utilisée pour évaluer les maladies rénales. En mesurant le taux de créatinine (déchet) dans le sang et en prenant en compte l'âge du patient, son ethnicité et son sexe, il est possible d'estimer le niveau de fonctionnement du rein. La plupart des grands laboratoires signalent maintenant l'estimation du DFG régulièrement avec les résultats de créatinine sérique. La valeur de l'eGFR d'un patient diminue généralement avec l'évolution de la maladie rénale et peut être utilisée pour évaluer le stade de la maladie.

« La détection précoce des maladies est extrêmement importante car il existe des moyens médicaux pour éviter ou retarder une maladie rénale sévère qui nécessiterait une dialyse » déclare Chandler.

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Exploration d'autres marqueurs biologiques

Comme l'insuffisance rénale peut commencer avant que l'albumine n’apparaisse, « nous nous intéressons de près à l'identification d'un biomarqueur urinaire pouvant détecter des preuves de dommage rénal dans les premiers stades » explique Ennis. « Les chercheurs explorent différents types de biomarqueurs : dommage, inflammation ou stress oxydant. »

Parmi les marqueurs suscitant l'intérêt, on trouve KIM-1, NGAL, Beta 2-microglobulin et L-FABP, qui indiqueraient des dommages tubulaires, contrairement à l'albumine dans l'urine qui marque un dommage au niveau du glomérule. D'autres marqueurs de dommage au niveau du glomérule comme l'adipopectine, la ferroxidase et les laminines ont été également évalués, mais ne se sont pas avérés supérieurs à l'albuminurie.

La cystatine C est un marqueur de filtration glomérulaire autre que la créatinine qui peut être utilisé pour estimer le DFG, moins affecté par la masse musculaire, ce qui est avantageux par rapport à la créatinine sérique chez certains patients comme les personnes obèses, souffrant de malnutrition, les personnes âgées ou celles possédant une masse musculaire très importante3.

« La cystatine C est également utilisée comme outil de pronostic chez certains patients car les taux élevés sont indicateurs de maladie cardiovasculaire et de mortalité. Cependant, la créatinine sérique reste aujourd'hui le marqueur de filtration le plus utilisé » déclare Ennis.

« Certains marqueurs intéressants sont associés au développement de néphropathie diabétique, mais il n'existe pas de biomarqueur supérieur à ceux actuellement utilisés en pratique clinique » ajoute Chandler.

Si certains doutent des capacités de prédiction des tests actuels, il a remarqué « les tests utilisés aujourd'hui sont acceptés par la plupart et faciles à effectuer. Bien sûr, il serait fantastique de posséder un bilan haute technologie avec six biomarqueurs. Mais s'il n'est que marginalement plus efficace que les tests actuels, il sera difficile à instituer. »

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Le futur en ligne de mire

S'il n'existe actuellement aucun nouveau biomarqueur clairement supérieur en matière de fiabilité dans la pratique clinique, la recherche continue à se concentrer sur l'identification de traitements susceptibles d'avoir un impact sur la maladie.

« Il n'existe pas beaucoup de thérapies dont le but est de traiter principalement la néphropathie diabétique, une maladie progressive qui au bout du compte aboutit à la dialyse et à la greffe. C'est donc un élément essentiel des essais en matière de néphropathie diabétique » conclut Ennis.


1 Fichier de l'OMS. http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs312/en/

2 Klein, J. (2012) Biomarqueurs de prédiction de la néphropathie diabétique : le long chemin de la découverte de cibles à l'utilisation clinique. Diabetes 2012 Dec; 61(12): 3072-3073.

3 Shlipak, M. G., et al. (2013). À propos de la cystatine C : intégration dans la pratique clinique. American Journal of Kidney Diseases 62(3), 595-603. http://doi.org/10,11/j.ajkd.2 013,03.


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