Photo d'une abeille

Tout ce que vous devez savoir au sujet des néonicotinoïdes et de l'UE

Introduction

Les néonicotinoïdes ont été mis au point afin de trouver des alternatives plus sûres et plus efficaces aux hydrocarbures chlorés, aux organophosphates, aux carbamates et aux pyréthrinoïdes, mais paradoxalement, certains néonicotinoïdes sont maintenant interdits dans l'UE en raison de leur toxicité pour les abeilles et les autres pollinisateurs, ainsi que pour de nombreuses autres espèces.

Les conséquences agricoles et environnementales de l'utilisation des néonicotinoïdes et de la récente restriction réglementaire de l'UE font que les néonicotinoïdes sont l'un des sujets les plus controversés de la science et de la politique.

Bref rappel sur les néonicotinoïdes et leur utilisation

Les néonicotinoiédes, également appelés néonoïdes ou NNI, sont une catégorie de substances actives utilisées comme insecticides dans les produits phytosanitaires (PPS). Ils sont apparus pour la première fois sur le marché des PPS dans les années 1990, pour ensuite rapidement le dominer au début des années 2000.1

Les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques, c'est-à-dire, absorbés par les racines ou les feuilles, puis propagés à d'autres parties de la plante. Ces produits sont toxiques pour les nuisibles herbivores, offrant ainsi une protection directe contre les insectes suceurs de sève, et une protection indirecte contre les virus des plantes transmis par les insectes.

Les néonicotinoïdes ont été conçus pour offrir des avantages par rapport aux insecticides sur le marché, notamment : 1

  • Toxicité sélective pour les arthropodes par rapport aux vertébrés
  • Haute persistance
  • Activité systémique
  • Modes d'application multiples qui réduisent les risques d'exposition de l'opérateur
  • Solubilité élevée dans l'eau, d'où l'hypothèse d'une bioaccumulation moindre et d'un impact moindre sur les poissons et autres vertébrés.
  • Les néonicotinoïdes sont très utiles dans le domaine de l'agriculture, en raison de toutes leurs applications possibles contre les nuisibles des cultures économiquement importantes, des céréales aux agrumes, et de leur mode d'application polyvalent. La méthode d'application des néonicotinoïdes la plus fréquente est le traitement des semences. Ils sont alors appliqués de façon prophylactique sur les semences, puis propagés dans la plante pendant sa pousse. Ces produits peuvent offrir une protection aux semis jusqu'à dix semaines et réduire le besoin de pulvérisations multiples de pesticides par la suite.2

Préoccupations concernant l'innocuité des néonicotinoïdes

La hausse de l'utilisation des néonicotinoïdes s'est produite à peu près au même moment où le nombre des pollinisateurs, en particulier des abeilles, a commencé à chuter dans certains pays, même si la tendance n'était pas constante. Ceci fut le tout premier constat ayant incité les organismes de réglementation à examiner l'innocuité des néonicotinoïdes, en raison de l'importance cruciale des abeilles pour les écosystèmes et le maintien des rendements des cultures commerciales par l'intermédiaire de la pollinisation.

En plus d'un lien direct avec la mortalité des abeilles, il a été démontré que les néonicotinoïdes ont des conséquences sur leur comportement et leur performance, même à des doses sublétales. Les comportements perturbés par les néonicotinoïdes comprennent la mémoire, l'efficacité de la recherche de nourriture et la production de reines.3,4 Le risque d'exposition dépend du taux d'application des néonicotinoïdes, de la méthode d'application et du type de culture.4

De nombreux facteurs, autres que les pesticides, peuvent avoir un impact sur la santé des abeilles, notamment :

  • Nuisibles et pathogènes : l'acarien varroa destructor a été identifié comme étant lié à la perte de colonies d'abeilles mellifères. Cependant, l'extension géographique des espèces d'abeilles exotiques représentent également une menace pour les abeilles indigènes
  • Changement climatique : un facteur susceptible de modifier la répartition normale des plantes et des pollinisateurs, ce qui entraîne un décalage dans la synchronisation des périodes de floraison et de pollinisation
  • Diminution de la qualité nutritionnelle du fourrage : ceci est entraîné par une diminution de la diversité et de l'abondance des plantes à fleurs, de même que par une immunité d'impact, de croissance et de reproduction
  • Perte/fragmentation de l'habitat naturel : l'urbanisation et l'intensification de l'agriculture ont fragmenté et réduit les superficies utilisées pour l'habitat et l'alimentation des abeilles.

Régulation des néonicotinoïdes dans le monde

Les organismes de réglementation du monde entier s'inquiètent des conséquences des néonicotinoïdes sur la santé des abeilles, même si leurs mesures fluctuent.

La US Environmental Protection Agency (EPA), le Département de l'agriculture des États-Unis, ainsi que des agences au Canada et en Australie ont tous déclaré que les néonicotinoïdes, en tant que traitement des semences, ne présentaient pas de risque pour les abeilles mellifères. Cependant, les gouvernements des États-Unis et du Canada appliquent un document intitulé « Guidance for Assessing Pesticide Risks to Bees »6. L'EPA, quant à elle, a publié un encadré relatif à la protection des abeilles à appliquer aux étiquettes, afin de souligner le renforcement de sa politique de protection des pollinisateurs.

Dans l'UE, trois néonicotinoïdes (l'imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame) ont fait l'objet de restrictions quant à leur utilisation, qui sont les suivantes :

  • L'utilisation dans les cultures qui attirent les abeilles (y compris le maïs, le colza oléagineux et le tournesol) est interdite, à l'exception d'utilisations dans les cas suivants :
    • dans les serres
    • pour le traitement de certaines cultures après la floraison
    • pour les céréales d'hiver
  • Les candidats sont tenus de fournir des « informations de confirmation » pour confirmer que les opérations encore autorisées peuvent être effectuées en toute sécurité.

En ce qui concerne les deux autres néonicotinoïdes actuellement autorisés dans l'UE, et selon les évaluations, l'acétamipride présenterait un faible risque, tandis que le thiaclopride va potentiellement être remplacé par un autre produit, compte tenu de ses propriétés de perturbation endocrinienne.

Arguments relatifs aux données qui sous-tendent les restrictions européennes concernant les néonicotinoïdes

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a mené à bien l'évaluation des risques liés aux néonicotinoïdes, sur laquelle la Commission européenne (CE) a fondé sa législation visant à restreindre/interdire les néonicotinoïdes. La décision de l'EFSA et l'interdiction qui a suivi ont été largement critiquées par les producteurs et les agriculteurs. Les principales critiques concernaient :

  • L'utilisation d'un projet de document d'orientation, appelé document d'orientation sur les risques et les abeilles (BRGD, Bee Risk Guidance Document), comme base pour l'élaboration de l'évaluation des risques, qui fixe des critères de sécurité irréalistes et difficiles à respecter.
  • Les évaluations des risques sont effectuées sur la base d'évaluations de niveau 1, c'est-à-dire des évaluations sélectives habituellement employées comme éléments déclencheurs de tests de niveau supérieur, tandis que les données de niveaux 2 et 3 étaient, pour la plupart, absentes.
  • Conclusions sur le risque global de mauvaises interprétations

Comment les restrictions ont-elles été appliquées au niveau des États membres ?

Les États membres (EM) ont eu recours à des autorisations d'urgence, valables 120 jours, dans des situations où il n'existe aucune protection raisonnable contre les nuisibles autre que les néonicotinoïdes. En 2017, la Bulgarie, l'Estonie, la Finlande, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie ont accordé de telles autorisations d'urgence.8 L'EFSA, à la demande de la CE, a maintenant mis au point une méthodologie pour évaluer les données à l'appui de l'utilisation des autorisations d'urgence.9

La Belgique a accordé une autorisation d'urgence de 120 jours pour le thiaméthoxame et la clothianidine dans le traitement des semences de betteraves sucrières, carottes et laitues cultivées à l'extérieur, pendant la saison de croissance en 2019. La Belgique a soutenu que l'utilisation de faibles quantités de néonicotinoïdes, appliqués aux semences, pouvait permettre d'éviter une pulvérisation foliaire ultérieure de pyréthrinoïdes à large spectre, qui sont plus dangereux pour tous les arthropodes utiles. Le risque pour les abeilles est minimisé par l'utilisation d'un traitement des semences, qui n'entraîne aucune propagation de poussière. Les cultures ne fleurissant pas et ne présentant pas de guttation, l'exposition est donc limitée. Une protection supplémentaire a été mise en œuvre en limitant la rotation des cultures, de sorte que les cultures successives doivent être non florifères ou ne pas attirer les abeilles.

Conséquence de la restriction de l'utilisation des néonicotinoïdes dans l'UE

Il est possible que l'interdiction des néonicotinoïdes, même si elle n'est destinée qu'à réduire l'une des multiples perturbations auxquelles les abeilles sont exposées, ait des conséquences potentiellement nuisibles à l'environnement en général ; par exemple, un rendement plus faible des cultures peut encourager une plus grande utilisation des terres, ce qui pourrait avoir des conséquences sur la biodiversité. De même, une utilisation accrue d'autres insecticides encore plus toxiques peut avoir un effet sur un plus grand nombre d'espèces.

Résumé

En Europe, le débat sur les néonicotinoïdes a été polarisé, ce qui a fait obstacle à un débat raisonné et équilibré. La recherche scientifique montre que les néonicotinoïdes produisent des effets toxiques sublétaux chez les abeilles, mais que le risque est lié à la méthode d'utilisation de ces produits. L'interdiction d'utilisation des néonicotinoïdes peut avoir d'autres conséquences écologiques graves, de même que des conséquences économiques pour les agriculteurs de l'UE. L'équilibre entre ces opinions contradictoires pour assurer la protection des abeilles, de l'écosystème et de l'agriculture est un défi considérable et sans relâche.

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Références

  1. Simon-Delso, N. et al. Systemic insecticides (Neonicotinoids and fipronil): Trends, uses, mode of action, and metabolites. Environ. Sci. Pollut. Res. 22, 5-34 (2015).
  2. King, A. What you need to know about neonicotinoids. Chemistry World (2018). Disponible sur : https://www.chemistryworld.com/news/what-you-need-to-know-about-neonicotinoids/3008816.article
  3. Lamsa, J., Kuusella, E., Tuomi, J., Juntunen, S. & Watts, P. Low dose of neonicotinoid insecticide reduces foraging motivation of bumblebees. Proc. R. Soc. B Biol. Sci. 285, (2018).
  4. Wood, T. J. & Goulson, D. The environmental risks of neonicotinoid pesticides: a review of the evidence post-2013. Environ. Sci. Pollut. Res. Int. 24, 17285-17325 (2017).
  5. Entine, J. Global consensus finds neonicotinoids not driving honeybee health problems-Why is Europe so determined to ban them? Genetic Literacy Project (2018).
  6. USEPA. Guidance for Assessing Pesticide Risks to Bees. 59 (2014).
  7. Phytoweb. Neonicotinoids. Disponible sur : https://fytoweb.be/en/plant-protection-products/use/neonicotinoids
  8. EFSA. Neonicotinoids: EFSA evaluates emergency uses. (2018). Disponible sur : https://www.efsa.europa.eu/en/press/news/180621
  9. Grégoire, J. et al. Protocol for the evaluation of data concerning the necessity of the application of insecticide† active substances to control a serious danger to plant health which cannot be contained by other available means, including non‐chemical methods. EFSA Support. Publ. 14, 1-26 (2017).
  10. Trybou, M. Neonics to save bee(t)s! (2018). Disponible sur : https://www.linkedin.com/pulse/neonics-save-beets-maarten-trybou/
  11. Noleppa, S. Banning neonicotinoids in the European Union: An ex-post assessment of economic and environmental costs. (2017).

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